Où que tu sois ? (3)

Dernier coup d ‘oeil dans le miroir, dehors le temps s’assombrit, Alys sait qu’elle y verra dans la pénombre. Elle part, c’est définitif, sans espoir de retour. Dans son sac à dos : le nécessaire pour survivre quelques temps et surtout ne pas oublier les allumettes, les briquets, pour faire du feu, car le froid va s’étendre sur toute la planète. Elle sait ce qu’elle doit faire :  » La Voix » la guidera.

Enfant, elle a vite appris à parler, elle comprenait déjà tout depuis sa naissance, les mots n’ont eu qu’à se mettre en place. Il y a toujours eu ces murmures dans sa tête, presque inaudibles au début. La nuit surtout, elle sentait des présences autour d’elle. Allongée dans son petit lit, les yeux ouverts dans le noir, elle  » les  » devinait, elle avait déjà compris qu »ils » n’étaient pas de ce monde et qu’elle ne les verrait jamais.

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Où que tu sois ? 2

C’était un matin comme les autres et pourtant elle avait entendu, la voix,  » les voix « . Elle sut à cet instant précis que c’était le moment. Tout en se préparant en hâte, elle se souvenait , sa mère lui avait raconté :  » Quand tu es née, il y a eu une éclipse totale de soleil, il s’est mis à faire très froid, dehors, tout était noir et tu as choisi cet instant pour faire ton apparition, tu es née sans un cri , dans le silence total et j’ai vu les visages surpris du docteur et de la sage-femme.
Elle était sortie souplement, comme si elle avait glissé. Les yeux grands ouverts, sans cligner, un regard aux iris immenses d’une couleur étrange : gris argenté, brillants et lumineux et elle les regardait , il leur avait semblé : avec intelligence !
De cela, Alys s’en souvenait, elle n’en avait jamais parlé, parce qu’on ne l’aurait pas cru . Cette soudaine lumière artificielle, ces têtes penchées sur elle, ces mains qui la saisissaient, alors elle se mit à crier parce qu’ils lui avaient fait peur .

 

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Où que tu sois

Où que tu sois ?

Le temps, l’espace lentement se rétrécissaient. Elle se disait :  » Avance encore ! Met un pied devant l’autre ! Ca va aller ! »
Quand elle regardait autour d’elle, elle avait la sensation que progressivement les choses tombaient en poussière, se dissolvaient, disparaissaient , happées par le Néant qui lentement étendait son voile de ténèbres.
 » Avance encore, tu dois aller les sauver, tu peux encore ! Tu es debout ! »
Sa vision des rues se distordait, elle ne savait plus vers où elle allait, vers où elle dirigeait ses pas …

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LE « PETIT GERVAIS »

A Marseille, il n’y a pas si longtemps de ça : quand j’étais petite !  Quand les mamans étaient malades ou à l’hôpital, les papas se faisaient un point d’honneur de s’occuper des enfants ! Maintenant, c’est normal mais à l’époque , non ! Donc notre papa faisait tout son possible pour qu’on soit pas trop en manque de notre maman, ma  » grande  » soeur et moi ! Il nous aidait à nous préparer, il nous faisait à manger, j’aimais bien sa cuisine, surtout ses gros raviolis, faits maison avec la sauce aussi ( mes enfants ont à présent la recette ) . J’étais tellement petite et difficile, qu’il ne savait jamais comment me faire plaisir, en fait, je mangeais pas grand chose et si on me forçait, je vomissais, donc en papa intelligent  pour l’époque, il avait décrété qu’on « me fiche la paix » et je mangeais ou je grignotais ce qui ne m’écoeurait pas. Donc la question du goûter  à l’école s’était posée, qu’est-ce-qui me ferait plaisir? il m’avait demandé :  » tu aimes le Gervais » ce fameux petit fromage blanc , un peu comme une mousse , je lui avais répondu : oui et ma soeur, mon aînée avait acquiescé. Et voilà ! dans notre petite mallette pour notre goûter , il nous avait mis du pain et un « gros » Gervais chacune ! on aurait pu manger à quatre, sur un seul ! J’en aurais pleuré ! pour ne pas lui faire de la peine, j’avais essayé et je m’étais forcé à tout manger, ma soeur aussi ! le soir venu, après l’école, tout content, de voir notre mallette vide, il nous demande :  » Alors, c’était bon? » Ma soeur et moi , on opine, pour qu’il soit content !  Et le lendemain, pour le goûter, il nous avait mis , devinez quoi ? un gros Gervais : Argh ! et ça a duré tout le temps que ma mère était à l’hôpital ! j’arrivais à l’école, ma soeur aussi, elle me l’a dit , il n’y a pas si longtemps que ça ! et je distribuais  ( et elle aussi)mon goûter et elle le sien, à tous les enfants qui n’avaient rien à manger, on était dans un quartier pauvre !  Pour eux , c’était une aubaine ! Je n’ai plus jamais mangé de Gervais de ma vie, et un jour je me suis dit , il faut que tu lui dises, et j’ai raconté l’histoire à mon père, ça l’a fait rire, ça l’a peiné , mais ça l’a ému car il a compris qu’on avait fait ça pour qu’il soit serein et pas inquiet !

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LA CAGE D’ESCALIER

 

Rue Borde : là où mon père a habité toute sa vie , là où j’ai grandi. On habitait au premier étage d’un vieil immeuble sans ascenseur. Par la grande porte d’entrée on accédait aux escaliers d’une part et d’autre part à un long couloir qui menait à une grande cour. C’était très mal éclairé et la nuit ce couloir était tout noir ! On était toutes parties de la maison, et mon père vivait tout seul. Il a toujours eu le sommeil très léger, mais là, il a été réveillé par un bruit épouvantable, , il a attendu, puis plus rien. Il se disait , personne dans l’immeuble n’a entendu, personne ne s’est levé ? Finalement, il s’est décidé, il s’est levé , a ouvert sa porte , allumé la lumière du palier a regardé vers le haut, rien ! il s’est penché par-dessus la rampe, a scruté l’obscurité du couloir, rien ! prenant  son courage à deux mains, il a pris une lampe de poche et son pistolet d’alarme, on ne sait jamais ! C’est qu’il était plus très jeune. Il est descendu en silence et a commencé à avancer dans le couloir, et vers le milieu, il a vu une masse sombre, couchée au sol. Il s’est approché et a éclairé le corps gisant. C’était son voisin du 2ème étage, allongé  sans connaissance, la tête en sang . Il ne savait pas s’il était encore en vie, il n’a pas osé le toucher, il lui semblait qu’il respirait encore. Vite, il est remonté chez lui et a appelé les pompiers, qui sont arrivés rapidement et l’ont emmené. Mon père a supposé qu’en montant l’escalier, quatre à quatre comme il avait l’habitude de le faire, il avait trébuché et comme il était grand , il était passé par-dessus la rampe qui lui arrivait environ à la taille, il était tombé dans le couloir d’où le bruit assourdissant de sa chute. 

Son voisin est resté longtemps dans le coma , il a été soigné pour de multiples fractures et pour sa commotion cérébrale, quand il est revenu, il ne se souvenait de rien, ni de sa chute, ni de comment c’était arrivé.

Un jour que j’étais allée voir mon père, on a entendu taper à la porte, mon père est allé ouvrir, devant nous un grand Monsieur tout souriant qui a dit  » Bonjour, je viens voir mon sauveur ! »Tout  en buvant le café offert par mon père, il s »est tourné vers moi et m’a dit :  » Je reviens de loin !   des mois et des mois de rééducation, pour retrouver  ma motricité et surtout ma tête. Je dois la vie à votre père ! s’il ne s’était pas levé pour voir ce qui s’était passé, je serai mort dans la nuit ! C’est ce qu’on m’a dit à l’hôpital.

 

 

 

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Après 1968 , les années 1970… : Etre  » instit  »

Mon amie Katia, va être prof des écoles avec un Bac + 5  ! Nous, c’était  le Bac + un concours pour être suppléante  puis passer le certificat d’aptitudes pédagogiques ou commencer avec un Bac + 2 ans d’Ecole Normale d’instituteurs. Je me souviens de mes premiers postes et en particulier celui que j’ai eu dans les  » quartiers Nord  » de Marseille à Saint-André  » village  » précisément ! J’étais  jeune et naïve et pleine d’espoirs et de rêves. Mutés là-bas on était tous jeunes, à part ceux qui voulaient y rester, mais la moyenne d’âge ne dépassait pas la quarantaine ! Je revois Yvan arriver avec ses cheveux longs et bouclés style  » Julien Clerc », son jean serré et  » pattes d’éph’ !  » son débardeur orange qui laissait voir ses bras musclés et la guitare accrochée à l’épaule , bien sûr, moi j’étais habillée idem, mais j’avais la flûte indienne  ! J’ai eu deux classes différentes :celle que personne ne voulait , car c’était les enfants  » oubliés » ceux qui n’arrivaient pas à lire et donc qui ne pouvaient aller nulle part ! et  » vieillissaient  » en primaire ! et l’autre classe, les enfants étrangers ou n’ayant jamais été scolarisés : le CP d’Initiation . Mais comme on était tous jeunes et débordants d’énergie, tout ça  nous était égal ! Je sortais souvent, pour aller au stade, sans accompagnateurs ! d’ailleurs dans ce quartier, les parents étaient  » invisibles » , pour cause, ils vivaient dans des bidons- ville ! De retour on ramenait de l’argile naturelle, trouvée dans les champs,( c’est le coin des  » tuileries » !) On faisait de la poterie avec. Je récupérais tout ce que je trouvais, on faisait de  » l’Art Brut  » à l’avance ! Souvent on se faisait « un boeuf musical »  c’était mieux qu’une chorale, y avait une instit musicienne virtuose qui nous conseillait. Une belle histoire en fait , quand j’ai eu ce fameux CP , on m’ a dit de toute façon , ils vont tous  » redoubler  » ! alors j’ai essayé, de me dire si tu n’en sauves qu’un ou deux, ce sera déjà bien et je me suis lancée à corps perdu et à coeur perdu dans l’aventure ! ça m’a rendue humble ! je n’ai jamais plus trop rêver ! et en effet j’en ai récupéré 3, de base fragile , j’en ai parlé à l’instit qui allait les avoir après, elle les a aussi soutenus et ça a marché ! quand je suis partie de cette école , un jeune papa est venu me voir, pour me remercier, un des enfants que j’ai fait passer c’était son fils,  et il a toujours été le premier dans toutes les classes suivantes ! son avenir était devant lui ! 

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au temps de Giono

Mon amie d’enfance était la  » petite dernière  » de la famille, en fait on ne l’attendait pas, elle avait été « une surprise  » pour son papa et sa maman ! Ce qui explique que Ange son père avait croisé à maintes reprises Jean Giono. Donc, son père vivait à Banon, issu d’une famille nombreuse de viticulteurs. Giono venait passer régulièrement ces vacances, non loin de là, et Ange était chargé du ravitaillement de Monsieur Giono comme il disait et de tous les amis qu’il invitait, garçons et filles, ils étaient une sacrée »  ribambelle » ! Ange était adolescent et en arrivant dans le grand mas de Giono , il ne voyait qu’une grande pièce avec plein de lits ! et la question pour lui , c’était comment ça se fait que les garçons et les filles soient tous « mélangés » et dorment  tous ensemble ! c’était pour lui, inimaginable !surtout qu’à cette époque dans les années 20 , la  » mixité  » n’existait pas ! époque très pudique et pudibonde ! Un jour, Ange se dit :  » tant pis , il est gentil Monsieur Giono, je vais lui demander », il prend son courage à deux mains et lui pose la question. » eh! bien c’est tout simple  » répond Giono,  » tu vois les grands poteaux qui soutiennent les poutres, eh! bien ça délimite l’espace, c’est « la frontière » ! : d’un côté , les filles et de l’autre ; les garçons !  Comme ça y a pas de problèmes ! . Et Ange repartit rassuré et raconta tout ça à sa famille et bien des décennies et des décennies plus tard, il me racontait ça en riant aux éclats et en disant : » c’est sûr , q’est-ce-que je pouvais être naïf pour croire à tout ça ! »

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